TRIGUN & TRIGUN MAXIMUM de Yasuhiro Nightow
Trigun est un manga de Yasuhiro Nightow.
SYNOPSIS
Sur une planète brûlée par la présence de 2 soleils, en somme un vaste désert où les humains vivent à la manière "far west", deux employées de la Société d'assurances Bernardelli - Meryl Stryfe et Milly Thompson - ont pour mission de retrouver et de surveiller nuit et jour celui que tout le monde appelle le "Humanoid Typhoon", Vash the Stampede.
Sa tête est mise à prix 60 milliards de dollars car partout où il passe, c'est le désastre.
De nombreuses rumeurs courent à son sujet et personne ne sait vraiment à quoi il ressemble, tout ce que l'on sait, c'est que plusieurs villes ont été rasées à cause de lui.
Meryl et Milly tombent au cours de leurs recherches sur un homme à l'air un peu idiot et qui n'a pas peur de se couvrir de ridicule.
Il se révélera être le fameux Vash the Stampede, en réalité un tireur d'exception mais qui refuse plus que tout la mort de quelque être vivant que ce soit.
Seulement, les problèmes ne font que le suivre où qu'il aille, entre les personnes voulant sa tête pour la mise à prix et un incroyable passé que tout le monde ignore.
Trigun commence ainsi, chaque épisode présentant chacun une petite histoire quasi indépendante des autres ; le début de la série est assez léger, le ton le plus souvent comique, et pourrait paraître simplement sympa mais "sans plus".
Détrompons-nous, passé le cap des premiers épisodes, l'histoire commence à révéler son ampleur, dont plusieurs touches parsemaient discrètement ce début.
Et le ton général devient plus grave au fur et à mesure où le passé de Vash se découvre. Car c'est ce personnage qui fait toute la force de cette série : son character design est plus que réussi, présentant un héros au très haut degré de "coolness", inaltérable malgré le ridicule dans lequel il tombe constamment (qui n'est le plus souvent qu'un leurre pour sauver des vies).
Quand il est sérieux, il fait preuve d'un charisme et d'un "standing" à toute épreuve (les petites lunettes rondes et le long manteau rouge n'y sont pas pour peu).
Mais surtout, c'est sa personnalité qui marquera : Vash aime la vie plus que tout, et est profondément positif.
Il passe son temps à jouer avec les enfants (malgré le regard peu convaincu de Meryl ^^), explose de joie en mangeant un simple donut et refuse catégoriquement que l'on ôte la vie à qui ou quoi que ce soit.
Il est suivi de près par Meryl et Milly, qui doivent s'assurer qu'il ne cause pas de dégâts (qui coûtent cher à la compagnie Bernardelli) : Milly, grande et issue d'une famille nombreuse, est de caractère simple et joyeux, sur ce plan, un peu à l'instar de Vash ; Meryl, sa sempai a une personnalité assez banale, pragmatique, au départ elle refuse de croire que l'énergumène qu'elle ne cesse de rencontrer sur son chemin est le terrible "Humanoid Typhoon".
Pour autant, elle n'en a pas moins une nature très humaine qui rappellera à Vash quelques souvenirs.
On trouve là un point inhabituel : comment deux personnages autant présents peuvent-ils apparaître finalement si courants, sans caractéristique ni importance véritablement décisive sur l'histoire ?
Et cela sans que ça ne choque aucunement, ou que l'on sentent un vide ou une faiblesse dans leur création.
En fait, Vash the Stampede occupe une telle place dans la série, qu'elles sont là en quelque sorte pour rétablir l'équilibre, comme un contrepoids nécessaire.
Et finalement, les personnages récurrents sont peu nombreux : il y a Nicholas D. Wolfwood, le prêtre anti-conformiste qui est peut-être aussi habile tireur que Vash (encore une fois, le character design est très réussi).
Enfin, Legato Bluesummers, ennemi mystérieux, entouré par les Gung'O Guns, des tueurs hors-pair.
Au-delà des personnages, le véritable intérêt de Trigun réside dans son scénario à la profondeur fouillée qui se révèle peu à peu et dans la question centrale de Vash, l'essence même de sa "philosophie" : peut-on sauver tout le monde ?
C'est autour de ça que tout gravite dans cette série, aussi bien le héros qui en forme le pilier central, que tous les autres personnages rencontrés qui seront confrontés d'une manière ou d'une autre à cette question.
Vash veut à la fois sauver le papillon et l'araignée qui a besoin de le manger pour vivre ; c'est cette volonté contradictoire qui lui pose problème et à laquelle il cherche une réponse dans chaque situation qu'il rencontre.
Wolfwood, le prêtre, n'avais jamais hésité à tuer pour sauver d'autres personnes et sa rencontre avec Vash lui fera remettre en question toutes ses certitudes.
Attendez-vous à une fin magistrale.
Au niveau technique, la réalisation de Trigun est de très bonne qualité. L'animation tout d'abord est très fluide et les scènes d'action font honneur à la dynamique de celles du manga ; graphiquement, le character design est des plus réussi (peut-être même meilleur que celui du manga.), même si les dessins dans quelques scènes - notamment vers les derniers épisodes (on sent un peu la fin de budget ou le temps qui presse) - ne sont pas parfaits, mais c'est normal, ça reste une série TV et non des OAVs.
Les musiques quant à elles restent dans l'esprit "far west", ainsi on a droit à de la guitare doublée de forte reverb (à la manière des films de cowboys ;) et qui colle très naturellement à l'ambiance et aux "poses" que peuvent prendre parfois les personnages.
Pour les voix, elles sont toutes de qualité et bien adaptées aux différentes personnalités, et encore une fois c'est celle de Vash qui est remarquable, vraiment à la hauteur du personnage.
Au final, Trigun est une très bonne série, sans défaut majeur, et qui présente une histoire basée sur un questionnement moral qui a le mérite d'être traité d'une manière originale et surtout directrice (plus que dans Kenshin à mon sens).
C'est très intéressant de regarder la série dans cette optique et de voir la montée progressive vers la recherche d'une solution par Vash - c'est là que la fin prend tout son sens.
Je ne peux que vous recommander vivement cet anime, même si la "vraie" histoire peut sembler prendre du temps à démarrer, le début est loin d'être inutile, c'est de lui que découle le contraste qui apparaît dans la seconde moitié de la série.
REFERENCES
Le symbolisme chrétien abonde dans cette série, de manière assez ostensible, que ce soit parce qu'un des persos est un prêtre qui se balade avec une énorme croix, pour les "Angel arms" ou pour les noms de certains épisodes (le 23 et le 24, en particulier).
Les personnages secondaires ont l'air d'être en général de religion chrétienne aussi, pour le peu qu'on en voit.
"Il y a parfois des miracles dans ce monde sans Dieu", dit un des personnages à la fin d'un des premiers épisodes.
On verra plus tard l'interprétation que l'on peut tirer de cette phrase...
Mais on peut noter des structures plus profondes que ce simple saupoudrage de symboles pour créer l'ambiance.
En particulier, si on en croit le terme "Angel arm", Vash et Knives sont des anges, n'est-ce pas ? C'est aussi ce que répond Rem dans l'épisode 17 quand le capitaine du vaisseau lui demande si elle a vraiment conscience de ce que sont ces enfants.
Or, dans la Bible, Lucifer a été chassé du Paradis pour avoir refusé la décision de Dieu de mettre l'homme au centre de la création, alors que les anges sont des créatures parfaites qui surpassent quand même largement les humains en beauté, bonté et intelligence.
Il est alors facile d'interpréter Vash comme un ange, aidant les humains au mépris de sa propre existence, et Knives comme un ange déchu.
Le diable dans la Bible essaie de pervertir les humains, pour montrer à Dieu qu'il a eu tort, de la même façon que Knives engage des serviteurs humains pour torturer Vash "pour lui faire comprendre la vérité sur la nature humaine"
On peut d'ailleurs noter avec amusement, dans cette vision d'opposition anges bénéfiques/anges maléfiques, que Lucifer, chef des anges rebelles, et Michaël, chef des anges fidèles, étaient frères jumeaux.
Bien sûr, dans cette version, il n'est point de Dieu pour donner des ordres. Le choix de Vash et de Knives est une décision basée uniquement sur leurs propres idéaux (ce qui augmente encore l'étrangeté de Vash, à mon avis, son choix est encore plus difficile quand rien d'éternel ne montre que c'est le bon.)
D'ailleurs, toujours dans cette idée d'interprétation chrétienne, le personnage de Wolfwood est intéressant : le fait d'en avoir fait un prêtre bien intentionné, mais corrompu par la dureté des temps, qui au fur et à mesure de son voyage avec Vash, finit par adhérer à ses principes, et à ne même pas regretter son choix au moment de sa mort, dans une église, montre encore la nature "divine", sinon de Vash, du moins de son idéologie.
Mais dans le manga, une organisation, donc est à l'origine issu Wolfwood, "Michaël's eye", se trouve du côté de Knives, et invoque elle aussi des références chrétiennes.
Je ne peux pas en dire plus, je ne les ai pas assez vus... Mais a priori, il s'agit de chrétiens qui se rangent du côté de Knives en connaissance de cause.
Doit-on considérer Knives comme un "ange" purement maléfique ? En effet, si chez les chrétiens les anges maléfiques peuvent vouloir détruire l'humanité par jalousie, chez les juifs ils sont aux ordres de Dieu et ne sont que des accusateurs (et parfois des tentateurs, il est vrai, mais Knives n'est pas toujours innocent des malversations des humains, du moins c'est ce qu'il parait dans l'épisode 17).
Knives, malgré des références aux deux, semble plus motivé par la jalousie que par un désir de justice, donc se rapprocher plus de notre première interprétation, mais il nous faut reconnaître que l'humanité est en effet bien coupable envers les centrales, et qu'un procès en bonne et due forme, avec Knives comme accusateur et Vash comme défenseur, pourrait ne pas tourner à l'avantage de l'humanité.
Idéologie. idéologie...
La série laisse planer l'impression que le bien, sinon la justice, est du côté de Vash, et privilégie plutôt la première de nos interprétations.
Cependant, les autres ne peuvent pas vraiment être rejetées, augmentant encore la quantité de questions morales laissées sans réponses dans cette série, et laissant au lecteur le choix de son opinion (ce qui en fait un des charmes et un des principaux intérêts).
En particulier, même si le "bien" est du côté de Vash, il n'est pas pour autant du côté de l'humanité, et le soutien de Vash ne vient pas du mérite de l'humanité, mais plutôt de sa propre capacité de pardon infinie.
Plus extrême que le dieu des chrétiens qui aurait accordé le pardon à Sodome s'il s'y trouvait dix justes, Vash, pour l'amour d'une seule humaine - Rem - a une vision biaisée qui l'empêchera toujours de reconnaître les torts de l'humanité, de même que la jalousie de Knives l'empêchera toujours de reconnaître ses mérites.
On peut parler aussi de symbolique "chrétienne", plus basée sur le nouveau testament. En effet, Vash, même si jusqu'ici on ne l'a comparé qu'à un ange, peut parfois rappeler Jésus, par son idéologie de paix et d'amour, par son errance pour enseigner aux enfants, et de temps en temps aux adultes, ses principes, par le mépris qui lui est souvent accordé par les gens qui n'ont pas encore appris à la connaître bien...
Cette idée est encore renforcée quand on le voit partir à la fin de l'épisode 25, portant la croix de Wolfwood sur son dos.
L'interaction avec la religion chrétienne est plus développée dans le manga, dans lequel on voit Vash assister à une messe et se poser des questions sur la possibilité de la rédemption par les souffrances du Christ.
Ce passage gagne en grandeur tragique si on suppose que Vash est symboliquement le Christ, mais qu'il l'ignore.
Que le pardon qu'il accorde aux humains malgré toutes les souffrances qu'il a senties et que les centrales continuent à ressentir les rachète, même s'ils ne sont pas tous capables de se racheter par eux-mêmes.
Il y a là une sorte d'injustice : comment Vash pourrait-il racheter l'humanité alors qu'il n'en fait pas partie ?
Mais de même, dans la Bible, le Christ est Dieu, même s'il s'est incarné. De même, Vash a choisi de vivre comme un humain, même s'il n'en est pas un.
Le schéma est le même. Ca colle. Bien sur, on quitte là l'interprétation angélique et les jolies ailes ne rentrent pas dans le schéma, mais ça ne serait pas la première fois qu'on verrait un animé mélangeant deux légendes sans vergogne - là elles sont tirées de la même mythologie, on a vu pire !
Source :
trigun-world.com
NIGHTOW, YASUHIRO
Dessinateur & scénariste
L’artiste, né à Yokohama, a habité à Yokosuka, puis à Shizuoka au pied du mont Fuji, avant d’aller faire ses études supérieures à Tôkyô - rien d’étonnant à ce que le thème de l’errance soit très présent dans ses mangas.
Devenu étudiant, il se met à dessiner des dôjinshi et, surtout, il étudie le christiannisme et devient catholique (la mystique chrétienne est un autre thème récurrent dans son oeuvre majeure, Trigun).
Jeune diplômé, il est un moment agent immobilier, mais, au bout de trois ans, en 1993, tourne le dos à une carrière de salaryman et se lance dans le dessin ; il a vingt-six ans.
Après avoir dessiné les animations d’un jeu vidéo, Samurai Spirits, et une première histoire, Call XXXX, parue dansle magazine Super Jump, il commence en 1995, dans Shônen Captain Magazine, à dessiner Trigun, dont le graphisme et le scénario décalé séduisent un nombre croissant de fans.
Après une adaptation en animé, Nightow Yasuhiro imagine une suite, Trigun Maximum, qui commence à paraître en 1999 dans le magazine Young King Ours, et est toujours en cours de publication au Japon...
Source : Dico Manga

< Retour
|
|