OKAMI

PlayStation 2
Japon :
20 avril 2006
USA :
19 septembre 2006
Europe :
9 février 2007
Australie :
14 février 2007

Wii
USA :
15 avril 2008
Japon :
printemps 2008
Europe :
12 juin 2008

Note de jeuxvideo.com :
19/20

OKAMI

Fermez les yeux un instant et imaginez-vous devant un tableau.
Posez votre main sur sa surface et faites-la glisser sur la toile afin d'en saisir toutes les subtilités.
Humez l'odeur de la peinture, sachez en apprécier la rugosité, ressentez la force qui en émane.
A présent, respirez profondément, ouvrez vos paupières, laissez-vous engloutir tout entier dans une floraison de couleurs, une valse de légèreté et soyez vous aussi l'acteur de cette fresque picturale et auditive du nom d'Okami.

Alors que le pointeur de mon traitement de texte clignote devant mes yeux, je ressens soudainement une certaine angoisse, une certaine peur.
Cette dernière me fait dire que je ne pourrai pas trouver les mots justes pour vous décrire ce qui m'a envahi en découvrant Okami.
Ainsi, aussi paradoxal que cela puisse paraître, le doute vient frapper à ma porte à l'instant même où plusieurs pages blanches attendent que je couche mes impressions afin de vous raconter mon périple, celui-là même qui m'a fait endosser le rôle d'une divinité japonaise dont la lourde tâche aura consisté à redonner des couleurs à un monde tombé dans une torpeur monochromatique.
L'exercice est d'autant plus difficile qu'il constitue une sorte d'hommage à une société mort-née qui ne méritait point son funeste destin.
Mais l'heure n'est pas aux larmes, si ce n'est de joie, car contraint et forcé, me voici prêt pour réellement débuter ce test et vous parler d'une de mes plus belles rencontres vidéoludiques depuis que je me suis penché sur mon tout premier Game & Watch.

GAMEPLAY

Si Okami est bel et bien un jeu vidéo, il est avant toute chose une déclaration d'amour de passionnés à passionnés, une ode au raffinement pictural, un pamphlet artistique et un majestueux brûlot à l'encontre de ceux et celles qui n'ont pas encore compris que certains jeux vidéo méritant le qualificatif d'oeuvre d'art ont autant leur place dans un musée qu'un Picasso ou un Monet.
Mais là où il n'est permis que d'admirer le travail du peintre, le titre de Clover Studio tend la palette graphique au joueur en l'invitant poliment à composer avec son environnement, à ne pas rester inactif, à participer comme jamais à une expérience unique se situant aussi bien devant que derrière l'écran.
Ainsi donc, tout en faisant connaissance avec la déesse Amaterasu réincarnée en un magnifique loup blanc, le jeu nous ouvre peu à peu de nombreuses portes derrière lesquelles se cachent des trésors d'ingéniosité.
De fait, si le gameplay n'exclut nullement le gain d'expérience indispensable à l'évolution de notre avatar, l'obtention de techniques de combat ou la découverte de nouvelles armes (ces deux derniers points étant liés), la trouvaille la plus astucieuse reste l'utilisation d'un pinceau, véritable prolongement du personnage qu'on incarne.

Une feuille, un pot rempli d'encre, un pinceau, de l'imagination et un oeil aguerri. Présenté comme tel, cet aspect d'Okami a de quoi intriguer surtout quand on sait que ceci implique un gel de l'action, un temps d'arrêt imposé.
Par conséquent, une fois vos gourdes d'encre pleines, vous aurez la possibilité de recouvrir l'écran d'un parchemin afin d'y faire glisser votre plume.
Mais pourquoi donc, me demanderez-vous avec toute la candeur qui vous caractérise ? Eh bien, pour créer mes bons amis, pour créer.
Nous plaçant au poste de grand ordonnateur du pinceau magique, Clover nous invite à de nombreuses reprises à user de nos talents d'artiste pour modeler l'univers dans lequel nous évoluons.
Certes, j'embellis quelque peu le tableau, mais au-delà des restrictions imposées, on ne peut s'empêcher d'utiliser la capacité qui nous est donnée de dessiner des nénuphars afin de traverser une étendue d'eau, de relier des constellations pour appeler une divinité détentrice de techniques calligraphiques, de griffonner des bourrasques de vent ou de raturer notre feuille à dessins pour réparer diverses constructions dans le but de s'attirer les faveurs de villageois reconnaissants.
L'idée est à ce point bien pensée qu'on peut la scinder en deux utilisations complémentaires. Habile subterfuge pour revenir sur les divinités mentionnées quelques caractères plus avant.

Bien qu'Okami ne rate jamais une occasion de s'amuser avec ou au détriment de ses protagonistes principaux, le titre conserve malgré tout une véritable dimension cosmogonique en s'appuyant sur la mythologie japonaise.
En conséquence de quoi, les figures emblématiques du folklore nippon abondent. Pour être précis, vous pourrez en rencontrer treize qui vous donneront chacune une technique de calligraphie permettant de faire fleurir des arbres, de jouer avec la lune et le soleil (ceci étant pratique pour rencontrer certaines personnes ou assister à des scènes particulières), d'utiliser des lianes pour atteindre des endroits inaccessibles, etc.
Si lesdites techniques ont bien entendu un aspect pratique, elles vous serviront également de moyens offensifs lors d'affrontements contre des boss requérant une méthode particulière pour être occis ou lors de rixes plus conventionnelles contre les ennemis communs.
Il vous sera alors possible de zébrer l'écran d'un coup de pinceau après avoir assené quelques coups bien placés pour découper en deux votre adversaire et ainsi obtenir davantage d'items ou d'argent.

A ce sujet, une fois vos "poches" remplies de ryo, il ne tiendra qu'à vous d'aller glaner quelques objets chez les marchands ambulants généralement postés à des endroits stratégiques.
On retrouvera dans ces échoppes les habituelles potions de santé (ici représentés par des os), de magie, des bouteilles de saké pour être plus vaillant ou résistant...
En sus, il sera aussi question d'un maître d'armes, vieux, loufoque mais surtout détenteur d'enchaînements destructeurs ou de parades qu'il vous faudra acheter avant de pouvoir les utiliser.
Sur ce point, Okami fait également très fort sachant qu'en fonction du placement de vos armes, vous pourrez les utiliser de différentes manières.
Par exemple, si vous disposez le miroir en arme secondaire, il vous servira de bouclier, alors qu'en tant qu'arme principale, il vous permettra d'attaquer.
Ensuite, il vous suffira d'appuyer sur deux touches d'action pour alterner entre les deux armes et ainsi réaliser de bien beaux enchaînements.
Dans tous les cas, à la fin de chaque ballet mortel, vous recevrez une certaine quantité de ryo en fonction des dégâts subis ou du temps que vous avez mis pour éliminer tous vos adversaires.
La conséquence de ce dynamisme fait qu'on prend alors un malin plaisir à rechercher le contact avec les ennemis qui peuvent être évités, la plupart d'entre eux étant visibles.
Pourtant c'est bel et bien les rencontres avec les boss qui marqueront le plus les esprits tant ces échauffourées synthétisent tout l'esprit de grandeur, de force et d'invincibilité que doivent normalement susciter ces êtres prétendument intouchables.

En somme, le titre de Clover semble frôler la perfection, même pour ceux qui s'évertueront à chercher la petite bête pour prouver à qui de droit qu'il est déontologiquement impossible, et inconvenant, de sacraliser un jeu à ce point.
Mais force et de reconnaître qu'à mesure qu'on sonde les profondeurs d'Okami, on se perd facilement dans une sereine contemplation née d'une atmosphère fantasmagorique relayée par un graphisme fabuleux auquel un léger filtre apporte un côté granuleux, rugueux, à l'instar d'une feuille de Canson.
Mis à partie pour embellir certaines scènes comptant parmi les plus oniriques jamais vues dans un jeu vidéo, à l'image de cette nature reprenant vie sous forme de cascade de pétales, cet artifice artistique renforce un peu plus l'impression de flottement et de sérénité se dégageant de ce catalyseur de plaisirs.
Résolument écologiste, profondément engagé mais avant tout désireux d'offrir une épopée envoûtante et drôle à la fois, on appréciera aussi la longévité du titre dont les quêtes annexes éclosent de partout.
De fait, en dehors des chalands attendant une aide salvatrice, des mini-jeux réclamant de la rapidité, la récolte de perles errantes, vous aurez l'occasion de nourrir divers animaux peuplant les routes vous conduisant à votre destin.
Mais avant de pouvoir réaliser cette bonne action, vous devrez au préalable récupérer des aliments de toutes sortes afin de contenter tous les pensionnaires de votre animalerie.
Enfin, il suffira de donner la nourriture adéquate à l'animal affamé pour que celui-ci vous offre en retour un chapelet de sphères de bonheur synonyme d'expérience.

Ne cherchant à aucun moment la voie de la facilité, Okami griffonne, esquisse et pique au vif l'intérêt du joueur pour éveiller ses sens.
De l'apparition du logo de Clover au plan clôturant le magnifique travelling dévoilant les crédits de fin, l'oeuvre du studio nippon se montre si généreuse qu'on en oublierait presque qu'on vient de vivre une des plus grandes expériences vidéoludiques qui soit.
Impossible d'affirmer si, tout comme moi, Okami changera votre perception du jeu d'aventure/action mais finalement, là n'est pas le principal.
Ce qui compte est que vous vous réjouissiez en riant devant les péripéties d'Amaterasu, que vous sachiez capturer l'émotion de l'instant avant qu'il ne s'envole, que vous preniez du plaisir la manette entre les mains.
Il n'existe pas une seule façon d'aimer Okami dont la sincérité fait sourire alors qu'on nous abreuve de plus en plus de termes techniques pour mettre en valeur tel ou tel jeu.
Okami, lui, respire la vie grâce à des développeurs qui ont un jour voulu faire parler leur art en donnant tout ce qu'ils avaient dans le ventre et dans le coeur.
Par certains côtés, le résultat porte en lui une part de tristesse en tant que chant du cygne de Clover. Pourtant, il est inutile de revenir en arrière, ce qui est fait ne pouvant être défait.
En définitive, le plus important est que ce titre ne soit jamais oublié et serve de réflexion sur ce qui donne du caractère, de l'intensité, de l'émotion à un jeu vidéo.
Pendant ce temps, Okami s'impose comme une oeuvre qui aura marqué ce début de siècle, comme ça, tout simplement...

Logan, le 05 février 2007

Source : jeuxvideo.com


REFERENCES : AUX ORIGINES DU MYTHE


Alors qu'ils se tiennent sur le pont entre les cieux et la terre (Amenoukihashi, le pont céleste flottant), le dieu Izanagi et la déesse Izanami, transpercent les flots avec Amenonuhoko, la lance céleste, ornée de pierres précieuses que leur a offert Amatukami.
Du sel qui goutte de la lance et tombe dans l'océan, l'île d' Onogoro se forme par elle même.

Bien que cette île vienne d'apparaître, elle porte en son sein Yahirodono (la salle aux 8 marches, dans laquelle Izanami demande la main de son compagnon).
De cette union naissent deux entités malformées : Hiruko, l'enfant aquatique, et Awashima, l'île d'écume.
La malformation de leur progéniture tient au fait que ce soit la femme, Izanami, qui ai demandé l'union.
Sur conseil d'Amatukami, ils annulent cette union et c'est Izanagi qui initie la demande en mariage. De cette nouvelle union naissent les Ohoyashima, les huit grandes îles de l'archipel nippon :

Il faut noter qu'Hokkaido, Chishima, et Okinawa ne faisaient pas parti du Japon ancestral.

Ils engendrèrent de très nombreuses autres îles et divinités. Parmi ces divinités, la plupart sont des symboles de la nature ou de la culture japonaise.

Izanami fut brûlée à mort en donnant naissance à Kagutsuti, l'incarnation du feu. Il fut tué par son père aveuglé par la colère, et de ce meurtre jaillirent une douzaine d'autres divinités.

Izanagi pleura la perte de son épouse et entreprit un périple au Yomi (no kuni), le pays de la nuit et de la mort, pour la ramener.
Cependant, Izanami a déjà goûté à la nourriture des enfers et ne peut s'en retourner parmi les vivants sans l'accord des divinités infernales.
Dans l'obscurité totale, Izanagi, impatient de revoir son épouse, met le feu à une dent de son peigne, pour enfin l'apercevoir.
Il la trouve décatie et décomposée, et découvre qu'elle veut le retenir en enfer. Horrifié, il fuit et la répudie.
Elle le maudit alors et promet de tuer chaque jour un millier d'individus parmi son peuple, ce à quoi il rétorque qu'en conséquence, il ordonnera à son peuple de donner naissance à quinze-cent enfants par jour.
Ainsi le cycle de la mort et la naissance fut instauré...

Après son retour de Yomi, Izanagi fait une halte à Tukusi pour faire une série d'ablutions dans la Rivière des orangers et purifier son corps de son contact avec la mort.
Ces ablutions donnèrent naissance à une douzaine d'autres divinités :

De son oil gauche naît Amaterasu, la déesse du Soleil.
De son oil droit naît Tukuyomi, le dieu de la Lune.
De son nez naît Susanowo, le dieu de l'Orage.
Cette séance de purification est commémorée dans la religion Shintô par l'ablution rituelle, le harai...

Susanowo était violent et grossier. Quand il fut rejeté par son père, il vint au Takamanohara (paradis) pour faire ses adieux à sa sour, Amaterasu.
Mais Amaterasu craignait qu'il ne vienne pour des motifs plus belliqueux. Elle lui demande alors de prouver la bonne foi de ses propos par un concours.
Le premier des deux qui engendre une divinité masculine gagne. Amaterasu brise l'épée de son frère en trois morceaux qu'elle mâche et transforme en trois élégantes déesses.
Susanowo mâche les perles de fécondité des chaînes ornementales de sa sour (le Magatama) et engendre cinq divinités masculines.
Puis, ils se réclament mutuellement leurs créations, arguant qu'elles sont issues d'un objet leur appartenant.
Susanowo se proclame vainqueur.

Susanowo, fier de sa victoire, adopte un comportement altier et irrespectueux de son hôte. Il outrepasse ses droits, le jour où il jette la dépouille d'un cheval céleste dans la salle où Amaterasu et ses suivantes tissent.
L'une d'elles, effrayée, s'ouvre les entrailles avec un fuseau et meurt.

Amaterasu, décide alors de priver le monde de lumière : elle se confine dans la caverne Iwayado et refuse d'en sortir.
Les divinités célestes réussirent néanmoins à l'attirer dehors par la ruse : sur le conseil de la déesse Uzume, elles placent un miroir devant l'entrée de la caverne et commencent à rire aux éclats.
La curiosité d'Amaterasu s'éveille et elle s'enquiert de cette joie soudaine alors que le monde est privé de sa lumière.
Uzume lui répond qu'une nouvelle déesse plus somptueuse qu'elle est apparue.

La jalousie d'Amaterasu la force à sortir et elle aperçoit une très belle déesse à l'entrée de la grotte. Il s'agit de son reflet.
Pendant qu'elle reste stupéfaite, des dieux bloquent l'entrée de la grotte ainsi que sa retraite. Acculée, elle promet de ne plus fuir si Susanowo est exilé des cieux...

Exilé du royaume des cieux, Susanowo vint à Izumo (désormais Shimane). Il y trouva un vieil homme et sa femme pleurant le sort de leur fille nommée Kusinada.
Susanowo leur en demanda la raison. Le vieux couple expliqua qu'ils avaient à une époque huit filles, mais qu'un dragon octocéphale et octocaudal nommé Yamatano-oroti (orochi), avait mangé leurs sept premières filles, et réclamait à présent la huitième.

Susanowo tomba amoureux de la jeune fille et promit à ses parents de la sauver en échange de sa main.
Il transforma alors la jeune fille en un peigne qu'il cacha dans ses cheveux, et construisit autour de la maison une muraille percée de huit ouvertures.
Dans chaque ouverture il ordonna que l'on place une table avec sur chacune d'elle un grand vase rempli de saké distillé huit fois.

Attiré par l'odeur du saké, le dragon but tant et tant qu'il sombra dans le sommeil. Susanowo en profita alors pour anéantir l'ignoble bête.
En découpant le monstre, son sabre butta sur une épée miraculeuse cachée dans l'une des queues du dragon.
Cette épée fut plus tard offerte à Amaterasu et nommée Kusanagi...

Source : Wikipédia & jeuxvideo.com

Intro de Okami

OST de Okami


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