CHAPITRE PREMIER ~ ABYSSUS ABYSSUM INVOCAT
(L'Abîme Appelle l'Abîme)

C'est moi qui suis l'amas des yeux et des rayons,
L'épaisseur inouïe et morne des lumières,
Encor tout débordant des effluves premières,
Mon éclatant abîme est votre source à tous...

Victor HUGO , Abîme - La Voie Lactée
(La légende des siècles)

e cercle était réunit ce soir, ce soir qui ne verrait jamais d'aube. Les neuf Piliers sont maintenant les symboles funèbres d'une tyrannie immortelle. Tout cela à cause d'une seul être : Kain, celui qui a refusé de se sacrifier pour sauver Nosgoth de l'assèchement total de la vie. Ces Piliers à jamais corrompus par une âme impure et éternelle, aussi néfaste et corrosive qu'une tempête de sable vaste comme le monde, ce monde qui, désormais appartient aux vampires... Les cinq chefs de clans vampires faisaient cercle autour du trône d'os élevé à la gloire de Kain : le premier, Turel, chef des Turelim, scrutait ses frères d'un oeil méfiant. Musclé et doué d'une ouïe très fine, il pouvait entendre un battement de coeur à des kilomètres. Il convoitait la place de bras-droit de Kain depuis des siècles ; il semblait être arrivé à ses fins : il avait fait tomber son rival...
Le deuxième, face à Turel, c'est Melchiah, chef des Melchahim. Il était le plus jeune de ses frères et paradoxalement le plus primitif : quand la faim se fait ressentir, il prend l'apparence d'un cadavre, caractéristique que, malheureusement, il transmet fidèlement à tous ses rejetons. Melchiah, lui, semblait inquiet et soucieux : il savait que son frère préféré allait mourir...
Le troisième, Zephon, chef des Zephonim, semblait presque s'ennuyer. Son allure d'insecte le faisait très repoussant, mais redoutable. Il était descendu de sa tour pour assister au spectacle : après tout, ce n'est pas tous les jours qu'on a le plaisir ineffable de tuer l'un des siens... Aussi, il se contraignit à rester éveillé...
Le quatrième, Dumah, chef des Dumahim, était une créature colossale, avec ses deux mètres vingt-cinq. Il y a longtemps, il s'est fait grièvement blessé par un chasseur de vampires, et cela justifiait la haine qu'il portait au genre humain...
Le dernier, Rahab, chef des Rahabim, possédait une caractéristique dont il était très fier : l'eau, sur lui et les siens, était sans effets néfastes. Il règne donc sur tout élément liquide de Nosgoth. Il espérait que cette journée finirait par une belle immersion...
Mais la sixième place, celle du bras-droit, de l'héritier de Kain, était vide. En bas des marches de marbre, les Razielim s'agitaient nerveusement. Leur père allait comparaître devant ses juges car il avait commis la pire des fautes : surpasser son maître...
Kain, majestueux sur son trône royal, serrait convulsivement le pommeau de sa fidèle épée, la Soul Reaver, la dévoreuse d'âmes. La lame torsadée et effilée crissait sur la pierre froide et polie. Il attendait avec désespoir de voir par lui-même le crime de Raziel, son fils, son premier-né... L'instant où il ne pourrait plus nier les faits... Il n'eut pas longtemps à attendre...
Dans l'encadrement de la porte gigantesque, une frêle silhouette tremblante se découpa, puis s'avança à la lueur des torches, comme un animal apeuré...
Par ceux de sa race, Raziel était considéré comme un canon de beauté : ses cheveux noirs et luisants comme le plumage d'un corbeau et attachés ensemble, venaient caresser ses omoplates ; quelques cheveux, que pénétraient la lumière, blondissaient comme des fils d'or ; sa peau, normalement blanche et froide comme la pierre, avait pris une teinte dorée et chaleureuse sous les torches ; son corps fin,  mais musclé sans excès, se devinait sous l'armure de peau et de métal ; sa poitrine étroite se soulevait et s'abaissait au rythme précipité de son souffle ; ses yeux étaient d'un vert translucide quasi hypnotique... Sur ses épaules, une longue cape écarlate, brodée au symbole de son clan, cachait son crime. Toute sa personne respirait la terreur...
Il s'avança vers le centre du cercle, mais Rahab et Dumah l'arrêtèrent de leurs puissantes serres :

D - «Montre-les d'abord !»

Résigné, déjà mort, Raziel s'agenouilla devant les siens, implorant dés lors leur pardon. Lentement, il ramena sa cape sur ses épaules : il déplia soigneusement une aile de trois membranes de chair, puis une autre, et les tint haut au-dessus de lui. Ses ailes de peau, retenues à ses hanches par de fins os jeunes et blancs, étaient magnifiques.
Kain, ébahi, fixait Raziel avec un désir évident. Avec ces ailes, sa beauté était encore plus insupportable... Comment avait-il osé lui faire cela à lui, son créateur, son père ? Fou de convoitise, Kain descendit majestueusement de son trône, et se dirigea vers l'accusé ; celui-ci, levant timidement sa belle tête à demi, lu  de la passion et de la faim dans les yeux de brandon de son maître. Calmement, il se releva...
Kain fit longuement le tour de Raziel, passant langoureusement ses griffes acérées sur la chair tendre et fragile, tendue à l'extrême des ailes convoitées... Il enserra avec ardeur les hanches de Raziel, cherchant l'articulation...
Un soupir de douleur s'échappa de la gorge de Raziel, brisé dans l'étreinte de fer de son père ; celui-ci caressait jalousement chaque jointure des os, puis appuya sur elles, appuya encore... mais se retint.
Raziel souffrait : il sentait les os quitter sa chair ; mais Kain relâcha sa prise, et il rabattit pudiquement ses ailes sur lui ; elles étaient engourdies et douloureuses...
Imperceptiblement, il regarda par-dessus son refuge de chair : les cinq vampires regardaient la scène, interdits et confus, suspendus aux paroles de Kain, attendant sa sentence. Derrière lui, les Razielim le couvaient avec des yeux de flammes. Devant lui, si près qu'il voyait les moindres détails de son visage de craie, se tenait Kain, qui écarta de force les ailes afin d'exposer à nouveau le «traître» aux regards de tous.
Il fit rapidement un geste vers Melchiah qui, embarrassé et hésitant, lui remit une longue corde de chanvre. Kain, d'un coup de griffe, la trancha en deux parties ; il en noua une autour des os jumeaux qui figuraient les avant-bras, et l'autre au niveau des coudes.
Ainsi, Raziel se retrouvait incapable de s'envoler...
Avec excitation, Kain appuya sur les ailes prisonnières pour contraindre son fils à s'agenouiller. Docilement, Raziel obéit. Ses cinq frères l'entourèrent, le saisirent sous les aisselles et le soulevèrent légèrement du sol. Une procession funèbre se forma alors, se dirigeant vers le Lac des Morts...
Durant son calvaire silencieux, Raziel jetait autour de lui des regards de bête traquée, implorant des yeux ses frères : seul Melchiah trahissait sa tristesse...
Kain, lui, ne quittait pas Raziel des yeux ; il semblait se délecter de la souffrance de son fils, mais il n'en était rien : quelque instinct paternel lui criait de faire demi-tour ; mais il ne pouvait tergiverser. Le sort de Raziel lui appartenait, et il devait en faire quelque chose, sous peine de perdre sa suprématie...
Des cris tourmentés atteignirent les oreilles de Raziel. C'était les cris des âmes torturées qui reposaient à jamais dans le lit du Lac des Morts, et que Raziel allait bientôt rejoindre...
Le Lac des Mort, immense étendue d'eau semée de creux, de montagnes, de cascades et de tourbillons, était l'un des derniers vestiges de la «guerre sainte» que les Séraphéens avaient livré aux vampires. Nombre d'immortels ont trouvé une mort lente et douloureuse dans cette eau bénite qui semblait sans fond : on raconte que Janos Audron lui-même y connu ses ultimes souffrances... C'était son golgotha, c'était son gibet que Raziel voyait se dresser lentement sur son front...
Après le pont de singe, debout, stoïque sur la grande colonne de pierre, au milieu de ces cris de pandemonium, Kain permit à Raziel de se relever. Presque malgré lui, celui-ci jeta un regard d'horreur sur sa dernière demeure ; il n'en toucherait le fond que sous forme de squelette...
Kain prit pitié de ce corps, de cette âme, qui bientôt ne seraient plus que cendres. Ainsi, impudiquement, il prit Raziel dans ses bras, et l'enveloppa de sa cape. Il sentait les battements du coeur du malheureux condamné sur sa poitrine, et le serra plus fort encore, mais sans le brusquer, pour ne pas lui infliger plus de tortures que nécessaires...
Il prit délicatement entre ses serres le doux et beau visage de Raziel, le forçant à le regarder :

K - «Je te pardonne ta faute envers moi... mais je ne peux te laisser vivre... mon fils...»

Les yeux de Raziel semblaient trop briller, mais Kain savait par expérience que les vampires ne pouvaient pleurer...

R - «Je ne veux pas mourir... père...»

Pour toute réponse, Kain saisit Raziel par le cou et le mena au bord extrême de l'abîme qui s'ouvrait sous eux, et qui semblait ouvrir sur l'Enfer même. Instinctivement, Raziel essaya de battre des ailes, mais en vain. Il porta ses fines griffes aux poignets de son maître ; c'est alors que celui-ci le lâcha. Perdant l'équilibre, Raziel tomba dans le vide ; il vit approcher à une vitesse vertigineuse la surface de l'eau tumultueuse qu'il creva telle une flèche : là commencèrent les vraies souffrances : son visage et son corps brûlaient de toutes parts ; ses yeux se dissolvaient, il sentait sa mâchoire inférieure lâcher la supérieure ; des mains de feu fouillaient ses entrailles torturées, semblant vouloir arracher à son enveloppe charnelle le plus de substance possible ; il vit confusément ses os blancs apparaître ; ses serres et ses cheveux s'enflammaient ; quant à ses pauvres ailes, elles n'étaient plus que deux voiles translucides, semblables à un vieux tissu mangé aux mites...
Enfin, après ce qui parut être une éternité, sa carcasse mutilée toucha le sol sableux. De la magnifique créature qu'il avait été, il ne restait plus qu'un squelette brûlé où s'accrochaient encore quelques lambeaux de chair morte...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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DISCLAIMER

Ceci est une longue fanfiction de 23 chapitres basée sur l'univers de Legacy of Kain.
J'avais 16 ans quand je l'ai commencée (à la sortie de Soul Reaver 1) et aujourd'hui elle est toujours pas finie (le dernier chapitre est encore à faire). Mes sources d'inspirations sont essentiellement Anne Rice et Tolkien (et Hugo pour les poèmes), avec un petit peu de shonen-ai, mais même ceux qui n'aiment pas le yaoi peuvent la lire sans problème !
Certains éléments de ma fic ne correspondent pas du tout aux jeux, aussi ne soyez pas surpris, c'est voulu et contrôlé lol !!

Bonne lecture !

Trombinoscope Dolls

Carte de Nosgoth (général)

Carte de Nosgoth (région de Meridian)

Chronologie

Fanfiction.net

TROMBINOSCOPE

J'ai adapté les personnages du jeu à ma fanfiction, donc c'est normal si certaines choses ne correspondent pas !^^