Ici vous trouverez des analyses que j'ai faites sur les personnages de Final Fantasy IX (mon préféré^^), car je trouve ces personnages vraiment très intéressants. De plus, cela peut permettre de mieux comprendre l'histoire.

Ces textes contiennent des SPOILERS !

 

Vivi Ornitier
Grenat Til Alexandros
Adelbert Steiner
Freya Crescent
Kweena Kwee
Eiko Carol
Tarask Coral
Kuja

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Djidane Tribal : «A-t-on besoin d’une raison pour aider quelqu’un ?»

A l’inverse de Cloud (FFVII) ou de Squall (FFVIII), Djidane est l’image même du bon vivant : il est toujours partant pour une nouvelle aventure, même avec une femme ! Il remonte le moral des troupes, il est dragueur, répond aux questions honnêtement et est capable d’apprécier n’importe qui. Ca lui donne naturellement une place de meneur car il semble, aux premiers abords, être le seul du groupe à ne pas avoir trop de problèmes personnels à résoudre. Mais il en est tout autrement...
Cette façade joyeuse et constamment gaie qu’il arbore finit par dévoiler, au fil du jeu, une personnalité plus complexe, marquée par un passé flou, un sentiment de n’appartenir à aucun lieu, de ne pas vraiment avoir de maison ou de famille, ce qui le pousse peut-être justement à partir à l’aventure et à s’attacher au premier venu. Djidane est une personne avec une blessure profonde mais dont il ne connaît pas vraiment la nature. Ce sentiment pourrait se traduire par cette phrase : «ne pas appartenir à ce monde, ne pas trouver sa vraie place».
Sa jovialité, son altruisme désintéressé, sa facilité à communiquer... tous ces éléments ne sont là que pour une seule chose : faire un contraste saisissant, et presque angoissant, avec le seul et unique moment du jeu où la personnalité sombre de Djidane fera surface, quand, sur Terra, après avoir compris qui il était réellement, un démon au destin destructeur, il perdra foi en tout ce en quoi il croyait auparavant ; que l’amitié est vaine, qu’on porte soi-même son propre fardeau et que vouloir le partager avec d’autres est lâche et inutile. Et se sont ses amis, ceux-là même qu’il a soutenu coûte que coûte dans l’adversité, qui viendront à sa rescousse pour lui rappeler tout ce qu’ils ont traversé et appris ensemble.
Malgré le fait qu’il les repousse les uns après les autres, ils reviendront toujours vers lui pour le raisonner, et c’est finalement Dagga, celle qu’il aime, qui le fera redevenir lui-même, en lui disant : «Crois-tu que tes problèmes ne nous concerne pas ? Qu’on ne peux pas t’aider comme tu nous as aidé ?»
Djidane comprend alors que, quelle que soit la raison pour laquelle il est né, seul compte ce qu’il veut devenir dans le futur, et que son destin n’est pas tracé, qu’il peut vivre sa vie comme il l’entend en faisant abstraction de son passé nouvellement révélé. «On est ce que l’on choisit d’être» (cette phrase se rapporte aussi à Vivi)... Djidane aime la personne qu’il est devenu, et c’est en parti grâce à ces amis qu’il l’est devenu (et aussi, on le verra plus tard, grâce à Kuja).
Djidane a vaincu l’angoisse qui le tenaillait depuis toujours : il sait d’où il vient et qui il est, maintenant il peut aller de l’avant et devenir ce qu’il désire ; il sait qu’il existe dans le coeur de ses amis, suffisamment pour que ceux-ci veuillent se battre pour lui, il sait que son être ne disparaîtra pas tout à fait, et donc il n’a plus peur de mourir.

Il faut savoir que le but de tous les personnages de Final Fantasy IX est de vaincre leur peur de la mort en se liant les uns aux autres et en existant les uns pour les autres ; leurs existences, leurs souvenirs et leurs expériences s’entremêlent, et se rejoignent dans le Grand Cristal (qui peut être comparé à la Rivière de la Vie) ; tout cela, les personnages de Final Fantasy IX le comprennent à la fin en entrant dans Memoria, et donc, comme les disparus continuent d’exister dans le coeur de ceux qu’ils ont connu et dans le Grand Cristal, alors la peur de la mort disparaît, car c’est comme si au fond, chacun était éternel...

Symbolisme : Djidane symbolise l’empathie, la solidarité, le désintéressement, le réconfort. Il est profondément bon et veut aider son prochain, à condition que celui-ci le mérite. Il est aventureux et sa passion du voyage et du risque compense son sentiment de n’appartenir à aucun lieu et d’être un peu seul au monde.

Vivi Ornitier : «Vivre, c’est prouver qu’on vit ?»

On commence le jeu avec Vivi et très vite le petit mage noir va se poser des tas de questions existentielles... Il va découvrir qu’il ressemble aux Mages Noirs que Kuja fabrique, qui semblent ne pas avoir d’âme ni d’existence propres. Il est donc tout naturel qu’il se demande si il est lui aussi comme eux, une arme destinée à «s’arrêter» un jour et qui n’existe pas par elle-même en dehors du contexte de sa création. Sans compter que les Mages Noirs naissent aussi des âmes des morts brassées par Lifa, ce qui peut encore plus donner l’impression que son existence est illégitime et même maudite...
Mais en rencontrant ses amis (Djidane en particulier, qui au fond va rencontrer le même problème que lui), Vivi va apprendre : il va prendre confiance en lui grâce à Steiner, il va apprendre la tristesse, notamment en comprenant ce que Dagga pouvait ressentir en perdant sa mère, découvrir que certains Mages Noirs ont réussi, tout comme lui, à s’approprier leur propre existence et à devenir des êtres uniques... Et au final, il va comprendre qu’il doit prendre son destin en main, faire des choses, et que tant qu’il se sentira utile, auprès des Mages Noirs ou auprès de ses amis, il existera.
En rencontrant Kuja et en voyant la façon dont il traite les Mages Noirs, Vivi se rebelle : il refuse d’être traité ainsi, car il a un ego ; il sait qu’il vit, qu’il pense, qu’il évolue, et ça signifie qu’il existe. Et qu’importe qu’il puisse «s’arrêter» du jour au lendemain, ce qui compte c’est l’instant présent et le fait qu’il ait conscience de lui-même et qu’il sache qu’il n’ait pas qu’une arme sans âme.
Son plus grand moment d’interrogation se déroule dans le Village des Mages Noirs, quand il comprend qu’il y a une alternative à sa condition : il peut rester ici avec ses semblables et vivre paisiblement en attendant le jour où il «s’arrêtera», ou bien continuer à apprendre avec ses amis et ne plus avoir peur de lui-même et de ce qu’il pourrait apprendre... Djidane ne lui donne pas de réponse précise en racontant sa propre histoire, son sentiment de n’avoir pas de réel «endroit où retourner» : si Vivi se sent bien ici, s'il croit que c’est ici qu’il «doit retourner», alors il doit y rester ; mais si il pense ne pas être encore prêt et vouloir vivre autre chose, alors il continuera avec ses amis... ce que Vivi choisit de faire. Il a suffisamment appris sur lui-même et admis ce qu’il était pour pouvoir continuer plus loin, il a passé sa crise existentielle, il peut être un réel soutien pour ses amis ! Comme Djidane le lui dit à Madahine-Salee, il n’est pas bon de trop réfléchir à l’avenir, il faut parfois savoir se lancer, même si on ne sait pas ce qui nous attend au final ; tant qu’on est pas seul, on peut tout surmonter !
Il affirme devant Kuja son existence, son ego, la conscience qu’il a de lui-même et sa volonté de vivre une vie qu’il a choisie, et ce faisant il gagne son combat contre la peur de mourir et de disparaître sans laisser de trace.
Vivi meurt à la fin de FFIX, et rend hommage à chacun de ses amis avant de mourir, il récapitule en fait tout ce que chacun lui a apporté ; il sait qu’il continuera de vivre en eux et à travers le Grand Cristal qu’il a aidé à sauver (et aussi à travers ses «enfants», bien que je ne sache pas comment il s’y est pris !), et part donc le coeur serein et en paix.

Symbolisme : Vivi symbolise l’incertitude, la timidité, la non-confiance en soi. Il est le personnage type qui a peur de se lancer dans la vie, de voir et d’apprendre des choses qui pourraient le détruire, mais qui au final finit par triompher de ses angoisses et s’affirme lui-même au travers de ses expériences propres et aussi de celles vécues par ses amis. Il est celui qui apprend le plus au contact des autres personnages.

Grenat Til Alexandros 17th : «On m’appelle princesse, mais je veux être moi-même...»

Quand on rencontre Dagga (enfin Grenat), elle nous semble de prime abord une princesse à l’esprit aventureux qui s’ennuie beaucoup dans son rôle. Et pour cause : Grenat n’est pas vraiment une princesse...
Son dilemme se situe ici : doit-elle assumer son rôle de souveraine au détriment de ses aspirations personnelles de liberté, ou bien faire fi de son royaume et vivre sa vie comme elle l’entend (avec l’homme qu’elle aime) ? En ce sens, ça rejoint le dilemme de Djidane et Vivi : doit-on se conformer à ce pour quoi on a été elevé, ou bien se forger son propre destin ?...
Dagga a un comportement de princesse en surface car on l’a élevé ainsi, mais à maintes reprises, elle fera preuve d’une intrépidité et d’un sens de l’aventure qui sont tous sauf royaux ! A cela se rattache ses sentiments ambigus pour Djidane : la vie qu’il mène l’attire, elle voudrait la partager, mais de l’autre côté son statut de princesse avec des responsabilités la retient ; elle est constamment tiraillée entre ses deux aspects.
D’un autre côté, elle pense que Djidane la suit parce qu’elle est une princesse et qu’il faut donc la protéger, ce que Djidane démentira... Le grand moment de Dagga se situe à Madahine-Salee, quand elle est dans la barque avec Djidane et que celui-ci lui raconte l’histoire d’Ypsen et Colin : quand Ypsen demande à Colin pourquoi il risque sa vie à le suivre dans le danger alors qu’il pourrait bien partir et le laisser («Pourquoi es-tu venu ?») ; Colin répond : «Parce que tu me l’as demandé.» Cette situation est exactement celle de Dagga et Djidane : Djidane n’a, au fond, pas de raison réelle de suivre Dagga dans son périple, mais il le fait par loyauté, parce qu’il sont «amis» (mais par amour aussi). Dagga réalise alors que son statut de princesse n’est pas tout, qu’elle existe dans les yeux des autres en tant que personne, et que le seul personnage qui la voit avant tout comme une princesse et qui la suit par loyauté envers sa condition est Steiner, mais là, il s’agit d’un autre genre de loyauté, qui relève plus du devoir. Djidane, lui, la suit parce qu’il l’aime en tant que personne.
Dagga prend confiance en elle et, tout en prenant conscience de la tâche énorme que représente le fait de gérer un royaume (et d’être la dernière survivante de son peuple, les Invokeurs), elle sait qu’en cas de doute, elle sera soutenue et qu’elle pourra se confier de façon naturelle et normale à ceux qui la soutiennent.
Quand Djidane lui dit qu’elle doit s’efforcer de briller même dans l’adversité, elle prend la décision de se couper les cheveux, un geste symbolique qui la fait passer du stade de princesse aventureuse à celui d’une reine adulte consciente de ses devoirs. La perte de sa voix devant la destruction d’Alexandrie fait bien comprendre qu’elle se sent plus qu’impliquée, même responsable, du sort de son pays, et qu’elle est donc une princesse par le coeur si elle ne l’est pas par le sang.
A la fin, Dagga semble persuadée que Djidane est mort et se donne corps et âme à sa fonction de reine ; elle en est triste mais décide de prendre sur elle et d’être forte. C’est à ce moment que Djidane réapparaît théâtralement, pour la replonger dans l’incertitude : elle peut encore choisir de s’enfuir avec Djidane ou rester sur le trône dignement ; elle choisit instinctivement de courir vers lui, mais dans la foule, elle perd son pendentif, symbole de sa fonction, et elle le regarde un instant, se posant encore la question «le faire ou ne pas le faire ?» ; son doute se dissipe vite, elle jette même sa couronne pour faire bonne mesure ! La vie de reine qu’elle avait décidé de mener ne lui permettant pas d’être elle-même, elle se réfugie dans les bras de celui qui a su extirper d’elle le meilleur, la montrer sous son jour véritable, la libérer.
L’avenir ne nous dit pas si Dagga a définitivement abandonné la royauté, ce qui est sûr c’est qu’elle ne sacrifiera plus jamais un aspect de sa personnalité (Dagga) aux dépens de l’autre (la reine Grenat) ; elle trouvera sûrement la possibilité de concilier les deux, grâce à ses amis !

Symbolisme : Dagga symbolise le doute, l’équilibre instable entre deux personnalités, la peur de ne pas être à la hauteur, le désir de liberté s’opposant au devoir. Elle arrivera à trouver le juste équilibre entre les deux chemins de sa vie et découcrira que, parfois, il n’est pas nécessaire de faire un choix entre les deux, que ceux-ci peuvent se rejoindre ; que quoi qu’il arrive on ne doit jamais aller contre ses convictions et qu’on doit rester soi-même pour être heureux !

Adelbert Steiner : «Est-ce vivre que de dévouer ma vie à autrui ?»

Steiner à un sens aigu du devoir ; il connaît son travail et le fait bien. Le problème, c’est que ce travail (qui consiste à protéger Dagga) lui prend toute sa vie, et qu’au bout du compte, il reste peu de place pour lui-même... Ce serai comparable à un homme qui se donnerai corps et âme dans son boulot et qui négligerai sa vie privée ou familiale...
Steiner ne semble exister que dans son rôle de chevalier, l’homme qu’il est réellement, on ne le découvre que petit à petit. Dans un sens, ce travail acharné lui permet justement de ne pas trop penser par lui-même et de ne pas se «prendre la tête», en laissant les gens qu’il juge supérieurs à lui et plus intelligents s’occuper de tout. En clair, c’est une échappatoire : tant qu’il n’arrive rien à la princesse, rien d’autre ne compte.
Et pourtant, Steiner se pose des questions : parfois il se demande s’il en fait trop, s’il ne devrait pas ralentir un peu, laisser la princesse respirer, mais faire ça reviendrai à se concentrer davantage sur sa vie, et ça lui fait peur.
Le dilemme de Steiner est quasiment indissociable de sa relation avec Beatrix : elle représente en quelque sorte l’alternative à sa vie actuelle, une personne qui pourrait le faire exister pour lui-même et non à travers les autres (le problème est que Beatrix a presque le même dilemme que Steiner, celui de la loyauté opposée à la liberté de penser et d’agir). Malgré leurs positions opposées (Beatrix est du côté de la reine et Steiner du côté de la princesse), ils ont des sentiments l’un pour l’autre, et faire abstraction de leurs allégeances respectives seraient le seul moyen de se retrouver enfin ensemble, mais c’est très difficile pour eux. Ils sont tiraillés entre le devoir de leur tête et celui de leur coeur.
Le fait qu’il dénigre sans arrêt Djidane en tentant de l’éloigner de la princesse, est dû au fait qu’il l’envie : Djidane agit comme il l’entend avec qui il veut, en faisant fi des convenances, car il est libre ; et Steiner lui envie cette liberté : Djidane protège la princesse par amour, lui le fait par loyauté. Steiner s’interrogera souvent sur les sentiments et les motivations de Djidane à l’égard de la princesse, pour finalement se rendre compte que ce n’est pas parce qu’on ne prête pas allégeance à quelqu’un qu’on ne peut pas être sincère... Steiner se montrera de plus en plus «souple» à l’égard de la relation entre Djidane et la princesse.
Le grand moment de Steiner (et aussi de Beate) se situe au moment de l’attaque d’Alexandrie, où les deux amoureux se battent ensemble pour protéger leur souveraine, ce qui est leur travail, mais pendant ces combats, vers la fin, la conversation semble dériver vers leurs sentiments ; mais ils ne pourront pas encore se dire la vérité car le danger les menace... Ce moment illustre l’impossibilité qu’ils ont de concilier leur travail et leurs sentiments.
Il y a aussi le moment très drôle de la lettre d’amour, où Beatrix et Steiner sont à deux doigts de s’avouer leurs sentiments, mais où ils seront interrompus encore une fois par le devoir.
Finalement, Steiner trouvera la solution : alors que Beatrix pensait abandonner la chevalerie (sûrement à cause de son dilemme : elle préfère s’en aller loin de l’homme qu’elle aime plutôt que de continuer son travail le mettant de côté et être un fardeau pour lui), Steiner met fin à leurs problèmes en disant qu’il veut continuer de protéger la reine mais qu’il ne peut pas le faire sans la femme qu’il aime ; il est décidé à mener ses deux «combats» de front, même si c’est difficile ; il est décidé à ne plus se comporter comme un lâche et à ne plus fuir sa vraie vie. Beatrix, libérée du poids qu’elle pensait être pour Steiner, approuve et le rejoint...
L’image de la cinématique finale est révélatrice : unis tous les deux autour de l’épée, ils représentent l’amour luttant pour une juste cause...

Symbolisme : Steiner représente les sentiments refoulés, le renoncement, le sens du devoir, la dévotion, mais aussi une certaine lâcheté. Tout comme Dagga, il oscille entre deux désirs qu’il pense contradictoires, mais qui au final se rejoindront dans un seul. Tout comme Dagga, il comprend qu’il ne faut pas éliminer un désir pour un autre et que seule la conciliation promet le bonheur. Il n’est plus seulement un protecteur attentionné, mais aussi un homme comblé...

Freya Crescent : «Rien n’est plus douloureux que l’oubli...»

Freya est un personnage émouvant. C’est un personnage déraciné qui a tout quitté par amour, un amour qu’elle recherche désespérement à travers le monde. Elle ne cesse de regretter son départ, mais cela ne l’empêche pas de continuer inlassablement et avec un espoir qui semble indestructible. Mais quand finalement elle retrouvera l’homme qu’elle aime, celui-ci a perdu la mémoire, il l’a oublié... Tous s’écroule pour Freya : tous ses sacrifices, tous ses renoncements, tous ses voyages solitaires n’ont finalement servis à rien...
Quand son pays est en danger, Freya n’hésite pas une seconde à aller à la rescousse, mais elle n’est pas seule : ses amis l’accompagneront, et cela la touchera énormément. C’est le signe que le désir de rentrer chez elle, de revoir les siens, n’est pas tout à fait mort en elle. Cela est encore mis en avant quand, en tant que Chevalier Dragon, elle acceptera de danser pour la protection de Clayra.
Peu après, l’homme qu’elle aime interviendra pour la sauver, et Freya pense alors que sa vie d’errance touche à sa fin, qu’elle va enfin pouvoir revenir chez elle avec l’homme de sa vie... Mais le malheur la frappe : Fratley est devenu amnésique. Il n’a plus aucun souvenir de Freya ni de leur amour. Pour lui, elle est juste une compatriote comme une autre.
Intérieurement, Freya perd ses illusions ; elle n’est pas du genre à exprimer ses sentiments, mais tout le long du jeu, on sent bien qu’elle souffre de ce coup du destin. Pour y pallier et éviter le pire, elle se lance à corps perdu dans la quête que ses amis ont décidé de mener. Son amour l’a oublié ; elle s’efforce de l’oublier à son tour... Freya ne reverra pas Fratley pendant longtemps, et tout de temps-là, elle restera assez silencieuse sur ce qu’elle ressent, prenant tout sur elle.
Les seules fois où elle s’exprimera vraiment seront les moments où elle se confrontera avec Tarask ; peut-être parce qu’elle devine que, comme elle, il a une blessure intérieure qu’il cache et dont il ne veut pas parler ; elle sera la seule d’ailleurs à réussir à le faire parler un peu de son passé (qui restera quand même très mystérieux...).
Au travers de ses amis, Freya comprend qu’elle n’est pas seule malgré tout, qu’ils sont là pour la soutenir dans cette dure épreuve. Les malheurs qu’ils vivent eux aussi la renvoient à elle-même. La traversée de Memoria lui fera comprendre que, même si les souvenirs de Fratley ont disparu de son esprit, ils continuent d’exister en elle et aussi dans le Grand Cristal : protéger le Grand Cristal, c’est protéger ces souvenirs si précieux ainsi que ceux des autres.
Les souvenirs ne disparaissent pas totalement ; et même s’il n’est pas possible de les retrouver, on peut en créer d’autres. C’est ce que Freya et Fratley décident de faire à la fin du jeu : il se retrouvent à Bloumécia, là où tout à commencé entre eux, et c’est là qu’ils décident non seulement de reconstruire leur pays, mais aussi leur relation. Qu’importe que leurs souvenirs passés soient perdus pour eux, en fabriquer d’autres en commençant une nouvelle relation amoureuse, comme au premier jour, n’est pas plus mal... C’est une nouvelle naissance...
Le parallèle entre la destruction de Bloumécia et la relation Fratley/Freya, ainsi que le désir de reconstruction de l’un et de l’autre à la fin, est évidente, montrant que quels que soient la vie qu’ils ont mené et les sentiments qu’ils ont l’un pour l’autre, les deux amoureux continuent d’aimer leur pays et ne peuvent imaginer reconstruire leur amour en laissant Bloumécia de côté : c’est le berceau de leur amour passé et futur, leur Memoria...

Symbolisme : Freya symbolise la solitude douloureuse, la soif d’amour, mais aussi le désespoir, le repli sur soi et la peur de l’oubli. Persuadée de ne pas pouvoir vivre la vie qu’elle voudrait sans l’homme de sa vie, elle perd espoir quand elle imagine cet amour impossible. Mais, forte de ces expériences partagées avec ses amis, elle se rend compte que rien n’est impossible, que tant qu’on vit, tout peut être sauvé et reconstruit...

Kweena Kwee : «Je fais ce que je veux, ça te dérange ?»

Kweena est peut-être le seul personnage du jeu à ne pas avoir de réel problème à résoudre. Son seul souci est de manger, de goûter à tout. Mais ce n’est pas pour autant que Kweena est inutile et ne nous apprend rien. Avec Kweena, tout est une affaire de métaphore et de décryptage...
Quand on rencontre Kweena, elle passe le plus clair de son temps à chasser des grenouilles qu’elle mange ; dans son univers, les grenouilles représentent le seul plat consommable (et donc, le seul et unique monde). Mais quand Djidane et ses amis arrivent dans le marais, maître Kwen propose à Kweena de partir pour découvrir d’autres saveurs (par extension d’autres pays et d’autres gens).
Kweena s’exprime par métaphore culinaires ou alimentaires : ainsi quand elle dit que Clayra est «une ville succulente», cela veut dire que c’est «une ville magnifique». Quand elle dit ne pas avoir trouvé quoi que se soit de bon à manger dans une autre ville, c’est tout simplement qu’elle n’y a pas rencontré de gens intéressants.
Sans compter que Kweena, quittant souvent l’équipe pour de brèves périodes, voyage souvent seule à travers le monde, il est donc à parier qu’elle fait aussi des découvertes seule...
De son comportement au départ individualiste et presque égoïste, Kweena va apprendre la générosité : alors qu’elle n’aurait pas hésité à dévorer la cuisine de Eiko, elle va au contraire l’aider dans sa tâche en lui donnant des conseils, car elle réalisera que faire la cuisine pour des amis, c’est aussi une question d’amour ; que c’est bien plus sympathique de partager un repas avec des gens qu’on aime plutôt que de tout garder pour soi. Le repas est un moment de pure convivialité...
Il est à noter que pendant le passage des sanctuaires, Djidane se retrouve avec Kweena au Sanctuaire de la Terre ; on remarque qu’il prend un plaisir évident à entrer dans son jeu métaphorique face à Barbarian, le boss du lieu : Djidane : «Tu es déçu ? Tu avais prévu un banquet pour plus de rats ?» ; Kweena : «On peut pas juger tant qu’on a pas goûté !» Encore une fois, le sens caché des métaphores est évident !
A la fin, quand Djidane décide de partir seul sauver Kuja, Kweena lui dit : «Quand quelqu’un te donne de bonnes choses à manger, tu dois lui revaloir ça ; je ne t’ai pas encore donné de bonnes grenouilles !» C’est une phrase assez émouvante, démontrant bien que Kweena a compris ce qu’était le partage et l’amitié.
Pendant l’épilogue de fin, elle en rajoute encore en disant que «la cuisine n’est pas qu’une affaire de goût ; il faut aussi y mettre du coeur, surtout si c’est pour des amis !» Cette phrase résume définitivement sa prise de conscience : Kweena ne fera plus jamais rien pour elle-même, elle le fera aussi pour les autres !

Symbolisme : Kweena symbolise l’ignorance, l’égoïsme, l’individualisme, qui se mueront par la suite en générosité débordante et joie de vivre ! A travers ses voyages et son contact avec les autres, elle découvre qu’il y a plein de choses différentes et qu’il ne faut pas se cantonner à une seule ; il faut partager ces expériences et ces découvertes pour évoluer en bien. On devient alors quelqu’un de généreux et d’agréable à vivre !...

Eiko Carol : «J’ai un sourire triste ? Euh, oui...»

Eiko est le type même de la petite fille qui a dû grandir très vite et assumer de grandes responsabilités pour survivre. Orpheline très jeune, dernière survivante d’un peuple mythique, elle a dû faire preuve d’un caractère bien trempé et d’une indépendance absolue. Mais cette solitude et cette maturité forcées lui pèsent : au fond, elle voudrait redevenir une petite fille insouciante...
Eiko est une petite fille assez étrange : elle n’a pas le comportement d’une petite fille de six ans, mais plutôt celui d’une femme caractérielle, qui semble bien savoir ce qu’elle veut dans la vie. Elle semble vouloir tout gérer, tout contrôler, et surtout elle veut briller aux yeux de autres (surtout de Djidane). A travers ce comportement, on comprend que la solitude d’Eiko la pèse ; n’ayant jamais eu d’autres gens à qui parler à part les Mogs, elle pense que la seule façon de communiquer avec eux est de s’affirmer en jouant les grandes filles, en se montrant supérieure, afin de faire croire que sa vie lui plaît et qu’elle est capable de se débrouiller toute seule.
Ses soi-disants sentiments pour Djidane ne sont que le reflet de cette volonté qu’elle croit avoir de grandir très vite : une petite fille de six ans ne peut pas vraiment tomber amoureuse, et dans son esprit, tomber amoureux est le signe de l’âge adulte. Mais c’est aussi en rapport à sa relation de rivalité avec Dagga, qu’elle cherche à s’approprier Djidane : Dagga représente un peu ce que Eiko voudrait devenir...
Tout au long du jeu, Eiko cherche plus ou moins à s’identifier à Dagga : au début, elle veut prendre sa place auprès de Djidane. Puis, quand elle comprendra qu’elle ne peut pas y arriver, elle cherchera à pousser Dagga dans ses bras, peut-être par procuration... Finalement, elles deviendront les meilleures amies du monde, en se trouvant des points communs : elles sont issues du même peuple, ont toutes deux dû assumer des responsabilités difficiles et ont les mêmes pouvoirs.
Leur grand moment à toutes les deux se situe lors de l’invocation de la chimère Alexandre, où elles s’unissent et utilisent leurs pouvoirs pour protéger les gens.
Eiko est tiraillée entre son désir de partir découvrir le monde et le devoir de mémoire dont elle se sent responsable en restant à Madahine-Salee pour sauvegarder ce qui reste de sa culture. Encore une fois, Djidane ne lui donne pas la réponse, mais lui dit de suivre son coeur. Et son coeur lui dit de suivre Djidane, sans pour autant oublier de prendre avec elle une relique, pour ne pas oublier d’où elle vient. Plus tard, elle partagera les reliques des Invokeurs avec Dagga, montrant leur lien fraternel.
Eiko va comprendre que maintenant qu’elle n’est plus seule, elle n’est plus obligée de se comporter en grande personne ; même si elle gardera toujours sa «grande gueule», elle sera capable de se reposer beaucoup plus sur les autres.
Au final, elle se fera adopter par les souverains de Lindblum, reprenant alors sont statut de «petite fille» et abandonnant momentanément celui de la «femme» ; de plus, elle devient par là même une princesse, tout comme Dagga, son modèle, et par ce biais, l’héritage des Invokeurs peut continuer d’exister en elles (ainsi que dans le Grand Cristal) et leurs pouvoirs apporter la paix aux deux plus grands royaumes de Héra...

Symbolisme : Eiko symbolise l’indépendance, la force de caractère, la maturité précoce, le courage mais aussi la préservation de la culture, du passé, au détriment de l’avenir. A vouloir grandir trop vite, elle passe à côté de son enfance et se refuse à évoluer en-dehors du monde qu’elle connaît. En s’ouvrant au monde, en se reposant sur les autres, elle arrivera à redevenir elle-même, une fillette de six ans qui rêve d’être aimée...

Tarask Coral : «Mon désir ? Mes capacités ? Veux-tu que je te les montre à l'instant ?»

Tarask est le personnage le plus mystérieux du jeu. Il fait un peu penser à Shadow de FFVI. Tarask a une idée assez précise de ce qu’est la vie et de la façon dont il convient de la mener : seule compte la loi du plus fort ; tuer ou être tué. Mais sa rencontre avec Djidane va changer plus ou moins sa façon de voir les choses et lui permettre de confronter sa façon de vivre avec la sienne...
Tarask est un mercenaire solitaire, employé par la reine pour retrouver la princesse morte ou vive ; il agit de concert avec Lani, une autre mercenaire comme elle. Mais il n’agit pas avec elle, car ses méthodes l’insupportent : en effet, Tarask a malgré tout un grand sens de l’honneur qui l’empêche d’employer de bas stratagèmes pour arriver à ses fins ; pour lui, rien ne vaut un bon combat à la loyale.
Aussi, quand Lani prendra en otage Eiko, Tarask décidera de lui nuire, en aidant nos amis. En échange, il demandera un combat avec Djidane, qu’il perdra. Suite à cela, Djidane lui laissera la vie sauve, et Tarask restera sous le choc : Djidane a gagné le combat mais il le laisse vivre ? Djidane répond : «L’essentiel, c’est que personne n’est été blessé.»
Tarask s’interroge sur les motivations de Djidane : comment a-t-il pu survivre si longtemps avec une mentalité pareille ? Tarask est songeur et veut en savoir plus ; il veut confronter sa vision des choses avec celle de Djidane, car tant qu’il n’aura pas la certitude que son mode de vie est le meilleur, il ne pourra pas continuer à vivre sa vie normalement (ce mode de vie l’ayant sans aucun doute sauvé plusieurs fois).
On ne sait rien du passé de Tarask. Mais on peut deviner que pour s’être forgé une idée pareille de la relation aux autres, il n’a pas dû avoir une vie facile...
Tarask veut donc suivre Djidane pour l’observer, pour voir comment il réagit dans certaines conditions. La confrontation a lieu au château d’Ypsen : Tarask prétend pouvoir trouver le trésor du château avant Djidane ; il part donc seul. Finalement, il arrivera bien le premier et regardera Djidane de haut en pensant bien sûr qu’il vaut mieux que lui, que ses capacités sont supérieures, et donc que ses méthodes sont les meilleures.
Seulement, il ne parviendra pas à ressortir seul du château, et quand Djidane se rendra compte de son absence, il partira seul à sa recherche ; il le trouvera, visiblement blessé, dans une salle du château.
Tarask l’interroge : pourquoi est-il venu ici au péril de sa vie pour le sauver alors qu’il l’a méprisé plus tôt (schéma que Djidane répètera avec Kuja...) ? Djidane lui répond : «Parce que tu es un ami.» Tarask est encore plus dans le brouillard, même s’il semble comprendre le principe : Djidane est venu le sauver parce qu’il représente quelque chose pour lui... et que selon la philosophie de Djidane, on a pas besoin d’une raison pour aider quelqu’un, au fond...
C’est une grande prise de conscience : Tarask ne change pas de vision et reste plus ou moins sur ses positions jusqu’à la fin, mais il admet que cette façon d’agir peut aussi apporter de bonnes choses, des amis déjà, ce que Tarask n’a visiblement jamais eu...
Quand Djidane insistera pour aller seul sauver Kuja (comme il l’a fait pour lui), Tarask sera le seul à comprendre qu’il est vain d’essayer de l’en empêcher : il sait que rien n’empêchera Djidane d’aller dans le sens de ses convictions. Il dit alors aux autres de le laisser partir s’il le veut. Si cette réaction peut paraître froide de prime abord, il s’agit en fait d’une parfaite compréhension entre eux : «Tu es venu me sauver alors que je suis un inconnu, il est donc normal que tu veuilles sauver ton frère, et on a pas le droit de t’en empêcher.» En disant cela, il rend en fin de compte un vibrant hommage à la philosophie de Djidane, qu’il méprisait il y a encore peu de temps...

Symbolisme : Tarask symbolise la vanité, le sentiment de supériorité, un esprit borné et étriqué. Il s’enferme de lui-même en s’empêchant de voir le meilleur chez les gens. Côtoyer des gens différents de lui (surtout Djidane), lui fait comprendre qu’il existe bien des façons de vivre et de communiquer, et que tout ne se résume pas à un combat perpétuel...

Kuja : «Je n’admets pas que le monde puisse continuer d’exister sans moi...»

Kuja est très complexe : à la fois vaniteux de sa nature et terrifié à l’idée de disparaître, rien ne semble avoir d’importance pour lui. Doté d’un ego surdimensionné, cet atout qui fait sa fierté fait en même temps son malheur, car malgré tout, sa durée de vie, comme celle de tous les génomes (et des Mages Noirs qu’il a créé), est limitée...
Kuja est le premier de son genre : il est le premier génome a avoir reçu un ego (entendant par là qu’il est le seul à avoir conscience de son existence) et était très fier de son statut ; il méprise les autres génomes qu’il considère comme des coquilles vides et sans âme, ce qui le conduit même à penser qu’il n’est pas de la même race qu’eux. Destiné à devenir un démon destructeur qui doit perturber le flux des âmes sur Héra (et donc faciliter la fusion avec Terra), Kuja pense être indestructible et irremplaçable.
Mais Garland, sachant que la vie de Kuja est limitée (et craignant déjà une rébellion de sa part) créé un autre génome comme lui, Djidane. Kuja voit rouge : il va perdre son statut supérieur, son unicité, et par là même sa raison d’exister. En colère contre son créateur, il décide de renier son destin (afin de prouver qu’il est indépendant) et enlève Djidane en l’aménant avec lui sur Terra.
On ne sait pas exactement ce que ressentait Kuja pour son jeune frère à l’époque, ni s’il l’a abandonné à la mort ou bien confié directement aux Tantalas ; des précisions sur cette période nous permettrait de savoir si il voulait le tuer ou lui donner une chance de se fabriquer une autre vie, peut-être pour voir si son destin était immuable ; force est de constater que Djidane n’est pas devenu le démon qu’il était prédestiné à devenir, et qu’au bout du compte chacun forge son propre avenir... En quelque sorte, Kuja a contribué à la libération de Djidane et au façonnage de la personne qu’il est devenu en grandissant...
La seule façon d’exister de Kuja est de constamment se mettre au-dessus des autres, en les méprisant, en les rabaissant, en les dominant... et surtout envers Djidane, qu’il considère malgré tout comme un «voleur de destin» ; Kuja est toujours seul, ses acolytes ne sont que des outils (Branet, les jumeaux...) pour asseoir sa propre puissance : il créé des conflits, des armes sans âmes, provoque des guerres et des morts... effectuant alors exactement ce que Garland avait voulu de lui : créer un flux des âmes perturbé sur Héra... Mais Kuja reste persuadé qu’il agit de son propre chef, car admettre le contraire serait avouer qu’il a échoué à être indépendant et donc à être un être unique et capable de raisonner par lui-même...
Le grand moment de sa vie se déroule juste après la défaite de Garland par le groupe de Djidane, il vient se moquer de son créateur en disant qu’il va s’occuper lui-même de ses «rats» ; mais Garland, dans un dernier souffle de vie, lui révèle ce qui l’attend : la mort prématurée dûe à sa nature de génome ; Kuja n’est pas destiné à vivre longtemps et «sarrêtera» bientôt...
Kuja perd alors littéralement la tête : lui qui possède un ego démesuré, ne peut absolument pas imaginer que le monde puisse continuer sans lui, qu’il va simplement disparaître sans laisser de trace, sans avoir jamais compté ni existé pour personne ; Kuja représente une des plus grande peur de l’espèce humaine : celle de l’anéantissement de la conscience, de la mémoire, de l’être ; du sommeil sans rêve, sans évolution, sans conscience du monde qui continue, sans réveil possible... Et seules les espèces dotées de conscience peuvent avoir cette peur, ce qui est le cas de Kuja...
Kuja réfléchit assez cependant pour se dire que la seule façon de vaincre cette peur, de ne pas regretter sa vie et le monde qu’il va quitter, est justement de détruire ce monde et tout ce qui vit... Il rase Terra, sa planète natale...
Kuja finit par trouver Memoria, l’utime siège de la conscience de l’univers, et comprend vite que, même s’il détruit les mondes et les gens, tant que le Grand Cristal existera, le destruction ne sera pas complète... Car Kuja n’est pas relié au Grand Cristal : il n’a connu aucune évolution ou expérience par rapport à sa fonction première (la destruction) et n’a jamais été lié avec personne.
Kuja est vaincu par nos amis, et au moment de son agonie, apparaît Darkness (Necron en VO, la Mort), la manifestation physique du désespoir de Kuja, qui veut lui aussi en finir avec le Grand Cristal ; car si celui-ci disparaît, la Mort l’emportera.
Au moment de disparaître, Darkness dit ces mots : «Je pourrais toujours revenir... tant qu’il y aura la vie et la mort...». Il veut dire par là que tant que des êtres doués de conscience auront peur de mourir, il sera toujours susceptible de revenir...
Un autre grand moment dans la «vie» de Kuja se situe à la fin, quand il comprend qu’il existe dans le coeur de son frère, qui a mis sa vie en danger pour le sauver («A-t-on besoin d’une raison pour aider quelqu’un ?») et qui lui dit que personne n’est inutile et qu’il pourrait sans doute se trouver une raison de vivre. Kuja comprend alors pourquoi il a perdu : l’amitié et l’amour que Djidane avait pour ses amis fait sa force... et pendant un instant, il ressent ses sentiments lui aussi... mais il est trop tard et Kuja meurt sans avoir pu aller plus loin.
Malgré tout, à travers Djidane, son souvenir s’est ancré dans le Grand Cristal et il atteint donc une forme d’immortalité...

Un autre point intéressant de Kuja est son androgynie : dans beaucoup de mythologies, la personne androgyne symbolise le premier homme, l’être indifférencié, un «brouillon» en quelque sorte, qui n’a pas encore de sexe défini et qui porte en lui la promesse du mâle et de la femelle...
Kuja, qui est le premier génome doté d’un ego, est donc l’être indifférencié ; Djidane, qui naîtra plus tard, représente l’homme ; et Mikoto, qui naîtra encore plus tard, représente la femme... Djidane et Mikoto représenteraient alors les deux aspects de Kuja, fondus en lui...

Symbolisme : Kuja symbolise l’envie d’indépendance maladive, la vanité excessive (après tout «kuja» signifie «paon»), le désespoir, la peur de la mort. En se coupant de tout et de tout le monde par son sentiment de supériorité, Kuja se retrouve à lutter seul face à l’idée de sa mort prochaine, alors que nos amis, eux, ont bien compris qu’on ne pouvait l’affronter que les uns avec les autres. Comprenant trop tard son erreur, Kuja n’aura jamais la chance de faire de cette prise de conscience une véritable expérience...

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